samedi 24 novembre 2012

Des tarifs sociaux de gaz et d'électricité qui restent souvent méconnus

Des tarifs sociaux de gaz et d'électricité qui restent souvent méconnus

LE MONDE | 11.11.09 | 15h02
 
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Mauvaise surprise pour les ménages modestes, souvent ruraux, qui se chauffent au fioul domestique. Le gouvernement, dans son projet de loi de finances pour 2010, n'a pas reconduit la prime à la cuve. D'un montant de 200 euros, cette aide, qui existait depuis 2005, bénéficiait à 700 000 ménages non imposables sur le revenu.
Eric Woerth, ministre du budget, a justifié la mesure en assurant que "la diminution du prix du fioul compensait largement le fait qu'il n'y ait pas d'aide à la cuve". Un argument que l'association de défense des consommateurs UFC-Que choisir réfute.
Dans un communiqué, l'association rappelle que le prix du fioul est actuellement"comparable" à celui de 2005, année où une prime de 75 euros était versée. Cette aide avait augmenté régulièrement pour suivre le prix du fioul qui, entre 1999 et 2009, a crû de 61 %. Selon les projections de UFC-Que choisir, sa disparition, associée à la nouvelle taxe carbone, ferait perdre plus de 200 euros à un ménage rural non imposable se chauffant au fioul.
500 000 bénéficiaires
L'association dénonce aussi un cadeau fait aux compagnies pétrolières qui finançaient en partie la prime. Pour les familles démunies, qui utilisent d'autres types d'énergie, il existe des dispositifs qui, pour l'instant, ne sont pas remis en question.
EDF propose, depuis le 1er janvier 2005, une tarification spéciale aux foyers dont le quotient social est inférieur ou égal à celui ouvrant droit à la couverture-maladie universelle complémentaire (CMUC). Pour une personne seule, ce seuil est de 620,58 euros par mois. Une aide du même type est proposée par GDF. Ces tarifs dits sociaux donnent droit à une réduction sur chacune des factures d'électricité et de gaz naturel et à la gratuité de la mise en service.
Selon EDF, la réduction moyenne constatée sur une facture annuelle est de 70 euros. Pour le gaz, un foyer composé de deux personnes ou plus fait une économie annuelle comprise entre 22 euros et 118 euros.
Cinq cent mille personnes bénéficieraient du tarif dit "d'électricité de première nécessité", mais, par méconnaissance, près de 40 % des ménages éligibles n'en feraient pas la demande.
Catherine Rollot

Une paupérisation qui menace la démocratie

Débat

Une paupérisation qui menace la démocratie

LE MONDE | 03.01.11 | 14h18  •  Mis à jour le 03.01.11 | 14h45
 
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Le logement est le lieu d'observation idéal d'un phénomène plus général. Les jeunes seniors aisés habitent les centres-villes, où sont les emplois et les médecins, quand les jeunes actifs doivent se loger toujours plus loin, disposer de plusieurs automobiles (d'occasion), assurances, pleins d'essence, pour trianguler maison, école et travail. Prise dans le ciseau des salaires et du logement, leur capacité à élever leurs enfants est mise en défaut, alors que les associations familiales sont visiblement devenues des organisations d'aïeux.
Il en résulte une multiplication des jeunesses avec la prolongation de la crise : à la première jeunesse aux études (celle qui a un peu manifesté sa solidarité avec les retraités), succède la deuxième, entre l'âge de 23 et 28 ans, dans la transition douloureuse vers l'emploi, la précarité ou le chômage.
Une troisième jeunesse se structure, qui se prolonge souvent bien au-delà de 30 ans, faite du constat que le travail ne permet plus de se loger décemment sans le soutien patrimonial de parents riches et généreux (ou morts). Eloignée des centres de décision, cette "tiers-jeunesse" voit son revenu grevé en loyers ou remboursements, son temps libéré évaporé dans les transports et les loisirs pauvres.
Ces jeunes, de moins en moins jeunes, découvrent, à 40 ans, que, si nous sommes jeunes de plus en plus vieux, ils sont vieux de plus en plus jeunes, ce que leur DRH (direction des ressources humaines) sait rappeler à temps.
Dérives inquiétantes
Cette dynamique de vieillissement se développe dans le silence sidéral des victimes. Les soulèvements n'ont jamais été le fait des acteurs les plus faibles. C'est ainsi que la société française s'est enfermée sans bruit dans une "seniorisation" de son Etat-providence, de son patrimoine (on hérite en moyenne à l'orée de la retraite), mais aussi de ses institutions décisionnaires (le renouvellement du Conseil économique, social et environnemental laissant perplexe).
Le pronostic qui en résulte est réservé : isolées dans un non-rapport à la politique, les victimes de ces transformations ont perdu en information, en relation aux syndicats et aux partis censés les représenter, et l'intelligentsia relaie plus souvent le déni que la réalité des faits.
Le scénario noir est écrit : vieillissement des victimes, qui, de jeunes chômeurs et de travailleurs précarisés, deviendront, en 2020 et au-delà, les retraités paupérisés.
Il n'y aura donc pas de deuxième chance pour ceux qui n'ont pas eu la première, jusqu'au redémarrage qui fera émerger une nouvelle jeunesse qui brisera la chaîne de la dette vis-à-vis des générations passées. Ou, bien sinon, l'enfermement sur le passé nous promettra au déclassement systémique, si ce n'est les deux. C'est bien là le scénario du chien crevé au fil de l'eau.
Evidemment, la déprise politique généralisée résultant de l'absence de transmission politique nous promet aux dérives les plus inquiétantes : populisme, patrimonialisme, autoritarisme, mouvementisme. La démocratie ne peut progresser dans ce contexte.
Louis Chauvel, sociologue, professeur à Sciences Po (Le grand débat)

L'exclusion exige l'évolution de la prise en charge des maladies mentales

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L'exclusion exige l'évolution de la prise en charge des maladies mentales
Article paru dans l'édition du 25.03.95
Tandis que des experts déplorent une « incapacité de collaboration » entre les secteurs psychiatriques et les dispositifs sociaux, Mm Veil met en garde contre le risque de « psychiatrisation de l'exclusion »
PSYCHO-SOCIAL Afin d'améliorer la prise en charge des souffrances psychiques, particulièrement chez les jeunes et les personnes en situation de précarité, Simone Veil, ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville, a estimé que « le dispositif sanitaire doit résolument s'ouvrir sur le social ». INAUGURANT la cinquième semaine nationale de la santé mentale, qui s'achève dimanche 26 mars, Mm Veil a repris la proposition d'un groupe de travail présidé par le proflesseur Antoine Lazarus, consistant à ouvrir, au sein des structures d'intervention sociale, des lieux d'écoute réservés aux populations en difficulté. DES LIEUX spécifiques pour les adolescents seront par ailleurs installés dans les établissements hospitaliers, et les services d'urgences devront obligatoirement disposer d'un accueil psychiatrique en coordination avec le SAMU.
MALADIE MENTALE ou souffrance sociale ? La montée de la précarité dans la société française bouleverse les critères habituels de prise en charge de la santé mentale. Sous le titre « Une souffrance qu'on ne peut plus cacher », un groupe de travail pluridisciplinaire présidé par le professeur Antoine Lazarus, constitué en novembre 1993 par la délégation interministérielle à la ville (DIV) et la délégation interministérielle au revenu minimum d'insertion (DIRMI), vient de rendre public le résultat de ses travaux. Il déplore une « incapacité de collaboration entre le secteur [psychiatrique] et les divers dispositifs sociaux », qui serait notamment due « à la grande difficulté qu'a toujours eue le secteur à mettre en place une pratique de prévention ».
Forts d'une approche résolument transversale du phénomène, la cinquantaine d'experts du groupe « Ville, santé mentale, précarité et exclusion sociale » refusent de proposer un modèle administratif unique d'organisation. Ils observent tout d'abord que les personnes les plus démunies « souffrent rarement et pas plus que la population générale de maladies mentales répertoriées ». Ils ajoutent que la fréquence des symptômes rattachés à une pathologie mentale sévère (dépression majeure, forte angoisse, phobie...) est beaucoup plus élevée chez les allocataires du RMI que dans la population générale, mais pas celle liée à des pathologies mentales légères. Mais, comme le disent les rapporteurs, une chose est d'entendre, une autre est de savoir de quoi il s'agit et comment agir. Les symptômes actuels qui sont repérés la fatigue, l'échec, le manque d'énergie, la honte, la dénégation, l'absence de liens sociaux... relèvent-ils des caractéristiques pathologiques des individus ou bien sont-ils simplement un signe de l'impuissance des dispositifs sociaux à agir sur les conditions de vie des quartiers ?
Souffrance existentielle assimilée à une pathologie mentale ou souffrance liée au contexte social : les experts s'abstiennent de trancher. Certains cliniciens cités dans le rapport ont affirmé qu'« il est impossible, même cliniquement, de distinguer les dépressions des situations de désespérance, et que les deux ne relèvent pas du même traitement, il n'y a donc pas de substitution possible entre le psychiatrique et le social ». « La sortie hors les murs institutionnels, dans des lieux non spécialisés, n'est pas encore de pratique courante, ajoutent à cet égard les rapporteurs, ce qui contribue à renforcer l'impression des professionnels du social d'être laissés isolés face à des problèmes qu'ils ne maîtrisent pas. »
ESPACES DE PAROLE
Dans la spirale de la désocialisation, où « tout se passe comme si des démarches complexes comme celle du contrat, du projet (d'emploi, de formation, de vie) » étaient exigées « des personnes les plus marginales », il ne s'agit pas non plus de « psychiatriser le social ». Il semble ainsi « nécessaire de dépasser la santé dans son acception classique de réparation et de prévention de la maladie et de considérer que certaines formes de mal-être, qui ne sont pas la maladie mentale, qui n'y conduisent pas forcément, peuvent entraîner un recours à des actes de soins ; parallèlement, il faut considérer que le volet santé d'un certain nombre de dispositifs sociaux mérite d'être renforcé (...). »
Le groupe de travail insiste ainsi sur la nécessité de développer des lieux d'écoute et d'expression de la souffrance, « parce que soigner celle-ci est, d'une part, une mission de service public et, d'autre part, relève d'une bonne prévention de la consommation de soins plus coûteux ». Au vu des quelques expériences déjà tentées en la matière, les experts estiment que ces espaces de parole ne doivent pas se substituer aux lieux d'accueil, d'aide et d'orientation des plus démunis, que la séparation des fonctions « doit être lisible et crédible pour l'usager » et que des « spécialistes de l'écoute thérapeutique » doivent seuls assumer cette charge.
Parce qu'« il n'y a pas de critères permettant de définir les ayants droit de l'écoute psychothérapeutique de la souffrance », ces dispositifs installés dans les lieux d'intervention sociale devront rester extrêmement diversifiés, être évalués, et des crédits spécifiques leur être alloués. « Il ne s'agit pas (...) de mailler le territoire de lieux d'écoute et d'expression de la souffrance des personnes en situation d'exclusion en en créant sur le papier autant que de secteurs, de comités locaux d'insertion ou selon un pourcentage pondéré du nombre d'allocataires du RMI ou de chômeurs », précisent les auteurs.
Une « cellule technique » regroupant, au niveau national, la direction générale de la santé, la direction de l'action sociale, la DIV, la DIRMI et la direction des hôpitaux sera chargée de coordonner les efforts et d'initier de nouvelles expérimentations. Les cinq administrations précitées « s'engagent (...) à assurer ce programme expérimental et d'étude pour 1995 et 1996 ». Un premier rapport d'exécution devra être établi au mois de juin 1996. Annonçant, mardi 21 mars, que ces lieux d'écoute seraient financés, Simone Veil, ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville, a estimé que « la psychiatrisation de l'exclusion est un risque aussi important que la non-prise en compte des souffrances psychiques de ces populations ». « Quand les espaces publics deviennent d'abord des lieux d'insécurité, estiment encore les experts, quand les rapports interhumains fonctionnent d'abord sur le fantasme de l'agression, quand il n'y a pas d'espace-temps de parole commune, ni celui du travail (parce que la communauté de travail s'est elle aussi délitée), ni celui de l'école, ni celui des actes de la vie quotidienne (magasins, bistrots, laveries...), c'est l'existence même de la cité tout entière qui est menacée. » Prendre en charge le mal-être et les souffrances des personnes en situation de précarité c'est aussi « adopter une vision autre, moins économiciste, moins productiviste de ce que l'on nomme crise ».
LAURENCE FOLLEA